activités d'écriture
Neuf idées d’activités d’écriture / 9 writing activities
20 mars 2020
autoédition
Interview avec Justine Savy, autrice indépendante / Interview with Justine Savy, a selfpublished author
18 mai 2020
perfectionnisme en écriture

Note : you’ll find the English version below the French version.

Depuis bientôt trois ans, j’accompagne des auteurs, ados ou adultes, dans l’écriture de leur premier roman et j’ai pu remarquer une tendance : de nombreux écrivains ne termineront pas leur premier brouillon à cause du perfectionnisme. Alors que certains changeront de projet régulièrement car ils ne jugent pas leur idée de roman assez bonne, d’autres resteront même coincés devant une page blanche. Je pensais donc qu’il était important que j’aborde enfin la question du perfectionnisme en écriture sur le blog et que je parle des réalités du premier brouillon, car j’ai pu remarquer que de nombreux débutants avaient des attentes complètement irréalistes qui les bloquaient.

Je suis moi-même perfectionniste, mais j’ai rapidement compris que le perfectionnisme en écriture n’avait pas sa place dans le premier brouillon.

Dans cet article, je vais vous montrer pourquoi vous devez revoir vos attentes concernant votre premier brouillon et je vous partagerai quelques astuces pour lutter contre le perfectionnisme en écriture et terminer enfin ce premier jet !

1)   Le premier brouillon n’est pas fait pour être parfait

En discutant avec de nombreux écrivains débutants, j’ai constaté qu’ils avaient souvent une vision irréaliste du premier brouillon. Un grand nombre d’entre eux pensaient que ce premier brouillon devait être parfait et n’envisageaient même pas qu’il existe une étape de correction de leur manuscrit. Par conséquent, ils étaient perfectionnistes et avaient tendance à recommencer plusieurs fois le début de leur manuscrit, à changer d’idée pour en prendre une meilleure ou à avancer très lentement. Cela pouvait aller jusqu’à bloquer totalement la personne devant sa page blanche.

Or le premier brouillon n’est que le début du travail (désolée pour ceux que ça découragera). Peu importe l’état de votre premier brouillon, vous devrez corriger votre manuscrit par la suite et pas seulement la prose, les fautes d’orthographe et de grammaire, mais le contenu en lui-même, et c’est ce que de nombreuses personnes ne réalisent pas.

Le premier brouillon, c’est le moment où vous « jetez » toutes vos idées sur le papier, peu importe la qualité de ce que vous écrivez, pour avoir quelque chose à corriger par la suite. Difficile de corriger une page blanche. C’est un peu comme si vous posiez un bloc d’argile brut devant vous et que vous deviez le sculpter par la suite.

Terry Pratchett disait « The first draft is just you telling yourself the story. », ce qui veut dire « dans le premier brouillon, vous vous racontez simplement l’histoire à vous-même ». Votre histoire peut être médiocre à ce stade (la plupart des premiers brouillons sont très mauvais). Les corrections vous permettront de lui faire prendre forme pour la partager avec d’autres lecteurs.

2)   Et si je déteste quand même ce que j’écris ?

Je pense que nous passons tous par des moments où nous détestons notre premier brouillon. J’en avais d’ailleurs parlé dans l’article Premier brouillon : je déteste ma façon d’écrire. Il est normal d’avoir des moments où nous adorons ce que nous avons écrit et d’autres où nous serions tentés de tout abandonner. Pour ma part, après plusieurs manuscrits, j’ai fini par écrire tout simplement dans un carnet « je déteste mes premiers brouillons », car j’avais tendance à l’oublier totalement d’une fois à l’autre et j’étais persuadée que mon nouveau manuscrit était catastrophique, en partie parce que je le comparais à un manuscrit que j’avais déjà commencé à corriger. En l’écrivant dans un carnet, je m’autorise à détester mon premier brouillon et je me souviens que c’est normal.

3)   Vous êtes libres de choisir quand partager votre manuscrit

Ce premier brouillon médiocre, vous n’avez pas besoin de le partager avec qui que ce soit. Il peut rester caché sur votre ordinateur ou enfermé au fond d’un tiroir. Vous êtes libres de décider quand votre manuscrit est assez bon pour être partagé avec votre groupe de critique. Ce que vous écrivez dans ce premier brouillon, personne ne le lira !

4)   Les corrections

J’avais parlé de l’importance des corrections dans l’article Écriture de fiction : l’importance de la phase de correction. Encore un élément qui montre que le perfectionnisme en écriture n’a pas sa place dans le premier jet : ce sont les corrections qui vont faire « briller » votre manuscrit. Si certains premiers brouillons nécessitent des changements peu importants, d’autres vont être réécrits entièrement. Et vous n’avez pas besoin de trouver ce qui ne va pas par vous-mêmes. Entourez-vous de personnes de confiance. Rejoignez un groupe de critique et trouvez des bêta-lecteurs. Prenez leur avis en compte et retravaillez votre manuscrit plusieurs fois. L’éditeur ou le developmental editor freelance vont aussi vous aider à retravailler votre texte.

J’aime beaucoup cet exemple que l’on peut trouver dans un post d’Amie Kaufman sur Instagram. Elle a écrit des best-sellers et pourtant, voici à quoi ressemble son manuscrit annoté par son éditeur !

Pour moi, l’écriture, c’est un travail d’équipe (il n’y a qu’à ouvrir la page des remerciements à la fin d’un roman pour s’en rendre compte). C’est grâce à toutes les personnes qui commenteront votre texte que vous pourrez écrire un roman de qualité.

5)   Le processus créatif est tortueux

Parfois, je travaille avec des écrivains qui veulent avoir une idée d’histoire toute faite en une journée, qui sont terrifiés à l’idée d’avoir des trous dans leur intrigue et qui pensent qu’ils vont avoir toutes les idées d’un seul coup. Si vous avez des trous dans votre intrigue quand vous écrivez votre premier brouillon, si votre univers et vos personnages ne sont pas encore totalement développés, ce n’est pas grave et c’est même normal. Vous allez trouver les idées au fur et à mesure. Encore une fois, je trouve que les personnes externes (groupe de critique, bêta-lecteurs, developmental editor ou coach littéraire) vont vous donner des idées en commentant votre texte.

Imaginez un peu que vous rajoutez une nouvelle couche à votre histoire à chaque fois que vous retravaillez votre manuscrit.

6)   Vous pouvez laisser des « trous »

Autorisez-vous à ne pas écrire des phrases magnifiques et même à laisser des trous dans votre document quand vous n’êtes pas sûr de ce que vous voulez écrire, par exemple pour une description ou même pour un chapitre qui vous pose problème. Vous pouvez très bien vous laisser une note dans la marge du document ou placer des [ ] en expliquant ce que vous devez mettre entre les crochets, puis continuer à écrire.

Pour la petite histoire, c’est ce qu’on a fait avec une de mes élèves des ateliers ados qui n’arrivait pas à écrire car elle avait peur d’écrire quelque chose de mauvais. Elle a finalement laissé des trous dans son texte et une autre jeune participante lui a proposé d’ajouter le mot « cacahuète » quand elle lisait son texte à voix haute à chaque fois qu’il manquait quelque chose. Alors oui, le texte a été difficile à comprendre, mais dès la séance suivante, elle était capable d’écrire un texte de plusieurs pages sans se soucier de la qualité, et justement la qualité de son texte s’est grandement améliorée, car elle se laissait aller davantage ! Le perfectionnisme en écriture peut vous empêcher de progresser.

7)   Ne faites pas de comparaisons

Il est très tentant de comparer son manuscrit à des romans déjà publiés d’auteurs qu’on adore et alors on se lamente sur la qualité de ce qu’on écrit. Quand vous faites ça, vous comparez votre premier brouillon à un texte qui a été retravaillé peut-être cinq, six, dix, quinze fois et qui est passé dans les mains d’un groupe de critique et d’un éditeur professionnel. Vous comparez des choses qui ne sont pas comparables.

8)   Autorisez-vous à apprendre

Je ne le répéterai jamais assez, si vous êtes en train d’écrire votre tout premier manuscrit, vous devez vous autoriser à apprendre. Vous devez vous autoriser à écrire quelque chose de mauvais pour vous améliorer. J’avais d’ailleurs parlé de l’importance d’aller jusqu’au bout de votre roman dans l’article Écriture : pourquoi faut-il aller jusqu’au bout de son roman. Si vous ne finissez pas votre premier brouillon parce que vous le trouvez médiocre, vous n’apprendrez jamais à écrire un manuscrit entier. Vous ne saurez jamais comment faire évoluer vos personnages, créer une intrigue, écrire la fin d’un roman.

Je discute avec trop d’écrivains débutants qui sont paralysés à l’idée de ne pas écrire un bon roman du premier coup, comme si c’était quelque chose d’inné et que s’ils n’y arrivaient pas cette fois, cela voulait dire qu’ils n’avaient aucun talent. C’est faux. C’est comme si vous attrapiez un violon et que vous vous attendiez à jouer comme un virtuose dès la première note. Dans les faits, les personnes autour de vous vont plutôt commencer à se boucher les oreilles et vous vous améliorerez petit à petit, à force de pratiquer.

Il en va de même avec l’écriture. Pratiquez beaucoup et vous vous améliorerez. En réalité, de nombreux auteurs (sans doute la majorité) doivent écrire plusieurs manuscrits avant d’en faire publier un, car ils ont besoin de ce temps pour apprendre à écrire.

Autorisez-vous à écrire ce premier brouillon médiocre, car c’est de cette manière que vous allez réussir à écrire un roman et que vous pourrez vous améliorer, comme dans n’importe quelle discipline artistique.

Pour aller plus loin, je vous recommande cette vidéo d’Alexa Donne sur les premiers brouillons (en anglais).

Et vous, comment luttez-vous contre le perfectionnisme en écriture ?

Vous vous sentez un peu perdu dans votre premier brouillon ? En ce moment, le workbook Mjölnir De l’idée à l’écriture : le guide pour planifier mon roman ou ma nouvelle étape par étape et le nouveau cours d’écriture créative Bifrost en ligne, formule Alver sont en promo pour leur lancement. C’est l’occasion d’apprendre de nouvelles techniques d’écriture.

Cet article vous a plu ? N’hésitez pas à vous abonner à la Newsletter pour être informé des prochains articles de blog et du lancement de nouveaux ateliers. Pour ce faire, accédez à la page Contact ou cliquez sur le bouton orange en bas à droite de votre écran. Cela vous permettra de recevoir 10 exercices d’écriture créative ainsi qu’un cours en vidéo gratuit pour vous motiver à écrire.

***

English version

For almost three years, I’ve been helping writers, teenagers and adults alike, to write the first draft of their manuscript, and I noticed a trend: many writers never finish their first draft because of perfectionism. While some regularly start working on new projects because they think their idea isn’t good enough, others are stuck in front of a blank page. That’s why I thought I had to write about this important topic on the blog and about the truth regarding first drafts, since I’ve noticed that a lot of beginners have unrealistic expectations and get stuck because of them.

I have to admit I’m a perfectionist myself, but I understood very quickly that perfectionism would prevent me from writing my first draft.

In this blog post, I’ll tell you why you have to set realistic expectations regarding your first draft, and I’ll share tips to overcome perfectionism and finish your first draft at last.

1)   First drafts aren’t supposed to be perfect

As I talked to writers, I realized they often had unrealistic expectations regarding their first draft. Many of them thought their first draft was supposed to be perfect and they didn’t even know about the revision process after that. So those writers are perfectionists and they tend to rewrite the beginning of their manuscript over and over again, they find a shiny new idea or they write extremely slowly. Some even get stuck in front of a blank page.

But the first draft is just the beginning (sorry for those who will feel discouraged). No matter what your first draft looks like, you have to revise your manuscript afterward, and not only your prose, the spelling and grammar, but also the content, and that’s what many people don’t realize.

The first draft is the step in which you write down your ideas, and the quality of what you write doesn’t matter. The goal is to have something you can revise later. You can’t revise a blank page. In fact, it works a little like a sculpture: first you need a block of clay and then you can shape it and add some details to make a beautiful sculpture.

Terry Pratchett said “The first draft is just you telling yourself the story.” At this stage, your story can be bad (most first drafts are bad). Before sharing your story with readers, you’ll need to revise your manuscript.

2)   What if I hate what I write?

I think we all hate our stories at some point. Having times when we love or hate what we write and want to abandon is normal. After having written several manuscripts, I ended up writing down in my notebook “I hate my first drafts”, because I tend to forget it happens every time and I always think my new manuscript is terrible, partly because I’m always comparing my first drafts to manuscripts I’ve already revised several times. Writing this down in my notebook makes me remember that it’s normal and that I’m allowed to hate what I write at this point.

3)   You don’t have to share your manuscript now: share it when you’re ready

This bad first draft, you don’t have to share it with anyone. It can remain hidden in a file on your computer or at the bottom of a drawer. You can decide when it’s good enough to be shared with your critique group. No one will read what you wrote in your first draft!

4)   Revisions

The revisions make your manuscript shine. While some first drafts require some changes, others need to be rewritten. But you don’t need to find what’s not working on your own. Find people you trust. Join a critique group or find beta readers. Take their comments into account when you revise your manuscript. Your editor or freelance editor can also point out what you need to revise.

I love this example in one of Amie Kaufman’s Instagram posts. She wrote bestsellers and yet here is what the notes of her editor in her manuscript look like!

To me, writing is a team job (you only have to open the acknowledgement section at the end of a novel to realize that). Thanks to all the people who will critique your manuscript, you’ll be able to write a better book.

5)   The creative process isn’t straightforward

Sometimes I work with writers who want to find a story idea on the first day of a writing workshop, who are terrified there will be plot holes and who think they’ll have a complete story idea at once. If there are plot holes in your first draft, if your world building and your characters are not fully developed, it’s normal. You’ll find ideas little by little, often as your write. Again, I think you’ll find ideas thanks to the comments of your critique group, beta readers, developmental editor or book coach.

Imagine you’re adding a new layer to your story each time you revise your manuscript.

6)   You can leave “holes” while you write

Allow yourself to not write gorgeous sentences and even to leave holes in your document when you don’t know what you want to write, for instance a description or even a chapter that you don’t know how to write just yet. You can leave a comment in your Word document or use brackets to signal places where you’ve added explanations about what you need to include later. Then you can keep writing.

That’s what we did with one of my teenage students who couldn’t write because she was afraid it would be terrible. She left empty spaces in her notebook and another student suggested that she should use the word “peanut” while she read her text out loud each time there was a hole in her text. I know what you’re thinking: yes, understanding her text was difficult. But during the next writing session, she managed to write several pages instead of a single paragraph without paying attention to the quality, and yet the quality of her text improved drastically!

7)   Don’t compare what you write to published books

It’s easy to compare your manuscript to novels that are already published, written by authors you love. But then you think what you write is terrible. When you do that, you compare a first draft to a book that’s been revised five, six, ten, or maybe fifteen times and that was critiqued by a critique group and a professional editor. You compare things that can’t be compared.

8)   Allow yourself to learn

I’ll never repeat it enough, if you’re writing your very first manuscript, you have to allow yourself to learn. You have to allow yourself to write a mediocre draft so that you can get better at it. If you never finish your first draft because you think it’s terrible, you’ll never learn how to write a full manuscript. You’ll never learn how characters should evolve, you’ll never know how to plot a novel or write a good ending.

Too often I talk to beginner writers who feel paralyzed because they want their first novel to be a great book as though writing a book were a talent you were born with and if you don’t do it on your first try, it means you’re not talented. It’s not true. It’s like thinking you’re going to be a virtuoso when you grab a violin for the first time. In fact, people would rather cover their ears and you’d need a lot of practice to get better at it.

Writing works the same way. Write a lot and you’ll get better at it. In fact, most writers have to write several manuscripts before they manage to publish a book, because they need time to learn.

So allow yourself to write a mediocre first draft, because that’s how you’re going to write a book and get better at it.

If you want to learn more about first drafts, I highly recommend Alexa Donne’s YouTube video.

How do you overcome perfectionism while you write?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.